Archives de Catégorie: Publications

Journées d’étude GERACII-LABRRI – nouvelles mise en ligne

Le 26 octobre et le 23 novembre 2012, le GERACII et le LABRRI ont tenu deux journées d’étude intitulées «Les dynamiques interculturelles au cœur de la ville : États des lieux et états des savoirs». Il est maintenant possible de regarder l’intégralité de la première journée sur le site internet des Journées d’Étude GERACII-LABRRI. Pour vous aider à visionner la vidéo de manière efficace, nous avons fourni un document accompagnateur. Celui-ci indique qui parlait et le sujet de la conférence ou de la conversation pour chaque tranche de temps. Il est maintenant plus facile de retrouver une conférence dans la vidéo intégrale.

Nous vous invitons à consulter cette vidéo et à  partager vos commentaires sur celle-ci ou sur les journées d’étude. Veuillez noter que la vidéo de la deuxième journée ainsi que son document accompagnateur seront mise en ligne sous peu.

Pour plus d’informations sur les journées d’étude ou pour consulter la vidéo intégrale, visitez le site internet permanent des journées d’étude: http://dynamiquesinterculturelles2012.wordpress.com


Dialogue et représentations – IADA

L’année dernière se tenait la treizième conférence annuelle de l’International Association for Dialogue Analysis (IADA) à l’Université de Montréal où 200 conférenciers se sont rencontrés sous le thème de Dialogue et représentations. Le LABBRI y a présenté un atelier intitulé «La notion d’interculturalisme au Québec: histoire non autorisée d’un nouveau mythe fondateur». Danielle Gratton, Lomomba Emongo, Jorge Frozzini et Bob White y ont discuté de la carrière politique de l’interculturalisme au Québec, de l’archéologie de la terminologie de l’interculturalité, l’interculturalisme et les travaux de la Commission Bouchard-Taylor ainsi que des représentations de dialogue et transformations institutionnelles au Québec.

Les textes reliés aux conférences de Jorge Frozzini et de Bob White sont maintenant disponibles en ligne!

Jorge Frozzini a écrit un texte intitulé «L’interculturalisme et les travaux de la Commission Bouchard-Taylor»

Bob White avait, quant à lui, a proposé un texte dans le programme officiel de l’événement
Pour ceux et celles qui voudraient pousser leurs lectures un peu plus loin, M Frozzini avait proposé un résumé du colloque de 2011 sur ce même blogue, vous pouvez accéder à son billet ici : cliquez ici


La culture comme excuse

Appel de propositions pour une publication sur la notion de « la culture comme excuse »

Directeur de la publication: Fred Dervin (Universités de Eastern Finland, Helsinki & Turku, Finlande)

Mèl : freder@utu.fi / Site : http://users.utu.fi/freder/

Argumentaire

Pour certains, le thème de cet appel paraîtra a priori surprenant et politiquement incorrect. Pour d’autres, comme étant déjà acquis.

Le mot culture est omniprésent dans nos sociétés contemporaines, notamment lorsque l’on parle de l’Autre, l’étranger, l’immigré, le réfugié, mais aussi des relations dites interculturelles. Pour Breidenbach et Nyíri (2009), nous voyons de la culture partout, dans tout et nous n’hésitons pas à utiliser le concept sans trop penser à ce qu’il réfère. D’après les deux auteurs, “it is safe to say that in the general public, cultural explanations are now much more readily involved to challenge the authority of the “hard” sciences than twenty years ago, while, surprising as it is, “culture experts”, are less likely to be challenged, say, on the customs of Iraq than physicists on the safety of nuclear reactors”. Malgré les phénomènes d’hypermobilité internationale et la mise en discours généralisée de « l’hybridité » et/ou des identités plurielles, la culture « solide » demeure une valeur sûre quand il s’agit d’expliquer l’Autre et de se justifier…

Pourtant, la plupart des chercheurs en sciences humaines et sociales le savent maintenant : la culture anthropologique (celle « du quotidien » pour faire vite), qu’elle soit dite nationale, ethnique, etc., n’existe pas en soi car elle est le produit de constructions, négociations, remises en question et manipulations. Ainsi, dans son deuxième roman très stéréotypé sur le Japon (Ni d’Eve ni d’Adam, 2007), Amélie Nothomb admet par exemple que : « L’avantage des discussions avec les étrangers est que l’on peut toujours attribuer l’expression plus ou moins consternée de l’autre à la différence culturelle ». C’est cela, entre autres, la culture comme excuse

Ce qui nous intéressera dans ce volume, ce n’est pas de décrire des cultures ou des « rencontres de cultures » mais d’examiner les phénomènes présentés supra, notamment lorsque la culture sert d’excuse. Certains anthropologues nous ont déjà frayé la voie (cf. e.g. Baumann, 1998 ou bien Wikan, 2002).

On se posera les questions suivantes : qui utilise la culture comme excuse, pour qui et pourquoi ? Qui est autorisé à l’utiliser comme excuse ? Qui incite qui à y avoir recours comme excuse ? Comment est-elle remise en question, négociée, transformée ? À quel(s) moment(s) la culture comme excuse semble-t-elle servir d’argument (ir-)recevable ? Et quelles sont les conséquences pour les acteurs impliqués à court et long terme ?

Les contextes d’étude sont illimités et vont de contextes formels (la recherche, la justice, l’école, l’économie, la politique, etc.) aux contextes informels (le quotidien, l’amitié, les relations intimes, les arts, etc.).

En ce qui concerne les contextes formels, on pourra par exemple s’intéresser à la notion de « cultural defense » (défense culturelle en français) qui a beaucoup été travaillée aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne dans les contextes juridiques où l’appartenance culturelle d’un accusé peut permettre une réduction de peine (cf. par ex. l’ouvrage Multicultural jurisprudence édité par Marie-Claire Foblets et Alison Dundes Renteln en 2009). Comment la défense culturelle est-elle utilisée et perçue dans d’autres contextes où elle n’est pas officiellement en vigueur ? Le travail des chercheurs représente un autre contexte d’analyse intéressant : comment utilisent-ils le concept de culture pour analyser des situations dites interculturelles ou expliquer leurs résultats ? Enfin, dans le domaine de l’éducation, on pourrait s’interroger sur le rôle des acteurs éducatifs dans la « culturalisation » des élèves mais aussi par exemple de leurs parents (et vice-versa).

L’ouvrage se pose également comme objectif de proposer des discussions méthodologiques autour de la thématique. Comment analyser la culture comme excuse ? Quels outils d’analyse, en concordance avec une démarche critique et constructionniste, peut-on adopter pour aller au-delà de la description ? Qu’en est-il de la « collecte » de données ? Qu’est-ce que cela change (pour le chercheur, les participants, etc.) ?

Autant que possible, les auteurs sont priés de se donner à un exercice interdisciplinaire soit en coopérant avec un collègue d’un autre domaine (ex. droit et linguistique ; éducation et anthropologie…) soit en se référant à des travaux issus de disciplines variées (philosophie, anthropologie, linguistique, psychologie (sociale), etc.).

Les personnes intéressées sont priées d’envoyer un résumé de 300 mots environ pour le 1.2.2012 à freder@utu.fi dans le corps du courriel (pas de document attaché). Le résultat des sélections vous parviendra le 15.2.2012. Le résumé de la proposition précisera les problématiques traitées, les attaches théoriques, les outils d’analyse et les données ainsi qu’une bibliographie de base (3 titres max.). La proposition comprendra également : prénom, nom, affiliations, courriel, quelques lignes sur l’auteur et une petite liste des publications principales (3 titres max.). Date limite de réception des articles: le 1er septembre 2012. La publication de l’ouvrage est prévue pour le début du printemps 2013 auprès d’une maison d’édition internationale, avec comité scientifique et de lecture. Les personnes intéressées sont invitées à rédiger en français ou en anglais.


Nouveau livre sur la musique et la rencontre interculturelle

“Music and Globalization: Critical Encounters” vient de paraître sur Indiana University Press

Voici le résumé du livre en anglais:

 » “World music” emerged as a commercial and musical category in the 1980s, but in some sense music has always been global. Through the metaphor of encounters, Music and Globalization explores the dynamics that enable or hinder cross-cultural communication through music. In the stories told by the contributors, we meet well-known players such as David Byrne, Peter Gabriel, Sting, Ry Cooder, Fela Kuti, and Gilberto Gil, but also lesser-known characters such as the Senegalese Afro-Cuban singer Laba Sosseh and Raramuri fiddle players from northwest Mexico. This collection demonstrates that careful historical and ethnographic analysis of global music can show us how globalization operates and what, if anything, we as consumers have to do with it. »

Ce livre est édité par Bob W. White et contient des contributions de Denis-Constant Martin, Steven Feld, Rafael Bastos, Philip Hayward, Ariana Hernandez-Reguant, Daniel Noveck, Richard Shain, Barbara Brown, Timothy Taylor and Bob W. White.

Pour visualiser les éléments audio-visuels qui accompagnent chaque chapitre du livre, consultez le site web suivant: www.criticalworld.net

Pour avoir plus d’information sur le volume, cliquez ici:


Imaginer l’Autre à travers la musique du monde

The Promise of World Music:  Strategies for Non-Essentialist Listening (excerpt)

Bob W.White

« Sound is the same for all the world
Everybody has a heart
Everybody gets a feeling
Let’s play!  Sound box!
Rock, reggae, jazz, mbalax
All around the world…the same
Pachanga, soul music, rhythm and blues…the same
La samba, la rumba, cha-cha-cha…the same
Sound is the same for all the world
Everybody has a heart
Everybody gets a feeling
Mbaqanga, ziglibiti, high life music…the same
Merengue, funk, Chinese music…the same
Bossa nova, soul makossa, rap music…the same
Come on people, dance
Everybody in the world has a culture
Believe what you believe
Respect your customs
Everybody must do what the heart says
Don’t cause trouble; Treat people well
Be sociable; Exchange ideas
Music is the same the world over
Musicians, too, are cut from the same cloth
We’re aiming to entertain you

(Youssou N’dour, “The Same”, Sony/Columbia, 1992)


There is one question that has yet to be asked with regards to the relatively recent phenomenon of world music:  What can music teach us about other cultures?  If we take Youssou N’dour’s sing songy text at face value, the answer would be “not very much”, since for some time now we have known that “everybody has a culture”.   In this chapter, I will show that the promotion and consumption of world music is a series of essentializing practices that actually hide behind a rhetoric of non-essentialism.  For those who consume or promote this type of cultural commodity, world music represents a promise made in the name of humanity, a promise that comes from the desire to heal the wounds of a colonial past and increasingly so, a neo-liberal present.  Unfortunately, however, the cosmopolitanism in the consumption of world music is often one step away from essentialism, since Western consumers identify with a musical culture that is either poorly defined or not defined at all.  In the first part of this text, I will present an analysis of essentialist strategies in the promotion and consumption of this emergent genre of music.  The second part of my analysis will focus on the relationship between world music and the expression of a cosmopolitan lifestyle that seeks to increase the social status of the Self by consuming the music of the Other.  Finally I will discuss several important moments of anti-essentialist critique and propose a series of listening strategies whose main objective is to complexify the encounter with other peoples’ music by going beyond the simple act of listening.

Pour plus d’information sur ce texte et le volume Music and Globalization: Critical Encounters, cliquez ici


Texte sur l’anxiété dans le parcours migratoire par Danielle Gratton

Danielle Gratton, « Une approche interculturelle du parcours migratoire pour comprendre l’anxiété chez l’étudiant immigrant ».  Dans Aline Baillargeon, Édithe Gaudet, et Sylvie Loslier (éds.), Regards croisés sur l’interculturel et la réussite éducative.  Actes de colloque.  Service interculturel collégial.   Montréal.  2011.  Pp. 7-11.

Extrait du texte:

Aborder la question de l’anxiété chez l’étudiant immigrant à partir d’une approche interculturelle signifie qu’il faut tenir compte de tous les acteurs impliqués dans ce type de rencontres et des conditions dans lesquelles la communication se déroule. Les cégeps sont des lieux où se développe une grande variété de relations intercultu- relles au sein d’un quotidien chargé d’expériences multiples. Ces lieux d’apprentissage mettent en évidence, comment les difficultés interculturelles sont systémiques et con- textuelles. Pour nous, l’étude de l’interculturel passe par celle du geste à poser dans un contexte particulier. Il s’agit de contextes différents qui exigent de nouveaux moyens dont il faut se doter pour favoriser l’intégration des étudiants immigrants, sans toute- fois sacrifier l’intégration à la cohésion et à l’efficacité organisationnelle, et l’acquisition d’un diplôme de valeur.

Pour télécharger le texte en format pdf, cliquez ici

Pour télécharger les actes de colloque, cliquez ici


Analyse de discours sur l’interculturalisme

Dans ce texte, Laurie Savard propose une première analyse de la notion d’interculturalisme à partir d’une revue de presse et de média préliminaire:

 

Dans ce billet, je tenterai de faire une analyse du discours qui ressort des médias (écrits, télé et les médias sociaux) sur le sujet de l’interculturalisme. Pour les besoins de la cause, toutes mes sources viennent d’internet. Pour élaborer mon analyse, j’ai commencé par étudier comment et dans quel contexte apparaissait le mot «interculturalisme» dans les journaux canadiens francophones. J’ai ensuite fait le même exercice avec les journaux canadiens anglophones. J’ai enfin regardé les vidéos disponibles sur le Web (toute plateforme confondue) et j’ai fini ma recherche sur les réseaux sociaux.

Commençons par les journaux francophones (j’y inclus aussi les sites de nouvelles comme Radio-Canada ou Cyberpresse).

La première chose qu’on peut remarquer en regardant les médias francophones est que l’interculturalisme est cité dans une grande majorité des cas dans les colonnes d’opinions et dans des articles en rapport avec des faits d’actualités. Les nouvelles qui ont le plus fait parler de l’interculturalisme entre 2007 et 2011 sont la Commission Bouchard/Taylor, Hérouxville, les accommodements raisonnables, le Symposium sur l’interculturalisme qui a eu lieu en juin 2011 à Montréal et les cours d’éthique et culture religieuse (ECR). Deuxièmement, on remarque que le discours des médias canadiens francophone semble être organisé à la manière d’un débat de société.

Grâce à http://www.wordcounter.com/, j’ai décortiqué 22 articles de journaux francophones et anglophones que j’ai analysés pour faire ressortir les mots qui viennent le plus souvent de pairs quand on parle de l’interculturalisme :

  • Québec – 100 fois
  • Multiculturalisme – 58 fois
  • Diversité – 41 fois
  • Culture et Bouchard (à égalité) – 42 fois
  • Accommodements et Religieux (à égalité) – 41 fois
  • Intégration, Politique, Débat et société (à égalité) – 38 fois
  • Symposium et Droit (à égalité) – 36 fois
  • Laïcité et Immigration (à égalité) – 35 fois

Dans les lignes qui suivent, je ferai un examen des thèmes qui ont fait ressortir l’interculturalisme dans les médias anglophones et francophones via une approche chronologique.

La première fois que le terme apparaît dans l’espace public québécois est lors de la commission Bouchard-Taylor en 2007-2008. Les articles de journaux sont nombreux à traiter du sujet. La première chose qui ressort est qu’il y a dans ce débat une zone floue entre religion et immigration. Nous nous souviendrons que la question tournait alors autour de signes religieux comme le port du voile ou du kirpan et des accommodements raisonnables. Cette question religieuse laissera une marque qu’est celle du débat sur la laïcité (en voir une preuve ici). À cette époque, je note que le mot «interculturalisme» ne semble pas encore être utilisé dans les médias québécois. Il fait son apparition dans le rapport de la commission Bouchard-Taylor et ne semble pas entrer dans le vocabulaire des Québécois avant 2009 avec la polémique sur les cours d’éthique et de culture religieuse (ECR).

C’est là où le terme «interculturalisme» semble arriver dans les médias francophones québécois. Il y a dans celui-ci un flou entre les termes «interculturalisme», «pluralisme» et «diversité» qui sont mélangés à un peu de «laïcité ouverte». Il faut cependant avouer que la question de l’ECR à l’école est plus reliée au multiculturalisme qu’à l’interculturalisme à cette époque. En lisant les articles liés à ce thème, il est évident que le terme n’est pas encore ancré dans le discours des médias québécois, mais il est tout de même présent. À l’époque, quand on parle d’interculturalisme, c’est pour le mettre dans le même bateau que le multiculturalisme. Autrement dit, le terme interculturalisme est non seulement relié à «pluralisme», mais aussi à «multiculturalisme» comme deux proches cousins. Par exemple, la sociologue Joëlle Quérin dira que: « j’ai démontré dans mon étude en quoi le cours ECR travaillait à la promotion du multiculturalisme. On m’a reproché d’avoir confondu le multiculturalisme, l’interculturalisme et le pluralisme. J’explique pourtant dans mon étude que tous ces termes renvoient à une seule et même philosophie, selon laquelle le Québec n’est qu’une somme de communautés unies par la seule Charte des droits et libertés» Source. On voit vraiment l’accolade entre multiculturalisme et interculturalisme en lisant ce commentaire de vidéo YouTube: «Mario Dumont dénonce le cours d’ECR dans lequel il voit un instrument du multiculturalisme (interculturalisme dans les termes de Bouchard-Taylor)» Source, ou dans ce commentaire d’un article de La Presse: « Le cours ECR découle de la même idéologie multiculturaliste interculturaliste des laïcistes “ouverts”. Ils veulent fabriquer un nouveau citoyen sans véritable appartenance et sans préjugés. Ce cours n’a pas sa place au primaire! Je me méfie des apprentis sorciers!»Source.
C’est à ce moment que semble arriver une étape de questionnement sur les deux modèles: interculturalisme vs multiculturalisme. C’est aussi à ce moment qu’il y a le plus de journaux canadiens anglophones (entre autres le Toronto Star, Montreal Gazette, Globe and Mail et CTV) qui traitent de l’interculturalisme. Les médias anglophones semblent voir le rejet du multiculturalisme et l’introduction de ce que Bouchard appelle la «majorité fondatrice francophone» comme une autre brisure entre le Canada anglais et le Québec (Voir ici et ici). Dans ces journaux, on ne parle pas de Gérard Bouchard, mais bien un groupe d’intellectuel québécois (voir source). Le débat devient vite un débat politique et idéologique.

Pour les médias anglophones, le débat semble en rester là jusqu’en février 2011 où le dossier reviendra sur la place publique avec la nouvelle des sikhs alors refusés à l’Assemblée nationale à cause de leur kirpan. Sur ce dossier, Louise Beaudoin (alors critique de l’opposition du PQ en matière de laïcité ) est appelée à parler aux médias canadiens pour expliquer la décision. Elle répond aux médias anglophones: «Religious freedom exists but there are other values. For instance, Multiculturalism may be a Canadian value. But it is not a Quebec one.». Source Les journaux anglophones répondent alors à ce qu’ils considèrent comme une attaque du parti séparatiste québécois contre les Canadiens: «Its backers say it can also help multiculturalism weather some of the attacks it has suffered recently. Those attacks have been most acute in Quebec, where a member of the Parti Québécois bluntly declared last month that “multiculturalism is not a Quebec value.”» Source. Or, ce sera une bataille Canada/Québec foncièrement politique et idéologique qui fut mise au monde lorsque Justin Trudeau (député libéral fédéral et le fils de l’ex-premier ministre Trudeau qui a été celui qui a emmené le Canada à voter la loi sur le multiculturalisme) tente d’expliquer aux anglophones en mars 2011 les propos de Mme Beaudoin dans une entrevue: «The word multiculturalism has become synonymous in the mind of many Quebecers as being something that is imposed by English Canada» Source

Les circonstances de ce nouveau débat politique sont intéressantes.

À la fin de l’année 2010, juste avant l’engouement des journaux anglophones sur le sujet de l’interculturalisme, les dirigeants européens comme Angela Merkel, David Cameron et Nicolas Sarkozy sortent en public et annoncent la défaite du multiculturalisme en Europe (Voir source ici). Or, en juin 2011, Gérard Bouchard organise le Symposium International sur l’Interculturalisme. Il le présente comme un symposium Amérique/Europe. Il y invite quand même des Canadiens anglais comme Will Kymlicka (qui dément une défaite du multiculturalisme au Canada), mais se repose surtout sur des Européens comme Gabriella Battaini-Dragoni (Voir site du symposium ici). Le rejet du multiculturalisme de ces politiciens européens était, pour Bouchard, une belle porte ouverte pour défendre son interculturalisme, mais a aussi été considéré comme un autre rejet d’une politique du «English Canada».  Bouchard fut d’ailleurs questionné sur le sujet dans cette l’entrevue où il essaie de rationaliser ses propos et ceux de Mme Beaudoin. Pourtant, les Québécois ne semblent pas plus contents que les Canadiens anglais du symposium de Bouchard qui semble mal reçu par le public, mais pour d’autres raisons;  les Québécois disent de pas vouloir rouvrir le débat comme le dit ce commentaire: «Bouchard-Taylor ont tergiversé sur les nuances entre multiculturalisme et interculturalisme. Leurs services se sont perdus dans l`insignifiance du produit offert» ( dans cet article du Devoir), ou celui-ci sur le même article: «Et là les sourds et aveugles universitaires et gouvernementaux s’apprêtent encore une fois à dépenser des gros sous pour nous gaver, à l’aide des européens, d’intégration et d’interculturalisme. Nous sommes tellement imbéciles les Québécois….On ne peut comprendre et digérer ces concepts…»

Toujours en 2011, pendant la couverture médiatique du Symposium, la firme de sondage Léger Marketing publie les résultats de son dernier sondage dans le journal La Presse qui montre que 53% des Canadiens et 55% des Canadiens francophones trouvent que les différences entre le multiculturalisme et l’interculturalisme ne sont pas claires (source). C’est à ce moment que Bouchard sort dans les médias québécois, écrit des textes et donne des entrevues télévisées sur le concept d’interculturalisme (en voir une ici et ici) qu’il essaie de clarifier et de vulgariser. Pourtant, les commentaires sur ces entrevues disent encore que Bouchard n’est plus le bienvenu. Je crois qu’il est possible de dire que l’interculturalisme est alors associé non seulement à Bouchard, mais aux intellectuels: «Tour d’ivoire 1-le mot interculturalisme ne veut absolument rien dire. 2-ces moralisateurs devraient rester dans leur tour d’ivoire et nous sacrer patienceSource, « Gérard Bouchard passera à l’histoire comme le fossoyeur de la culture québécoise!» ou « Les Bouchard-Taylor de ce monde ne sont plus crédibles. Les faits réels viennent contredire leur idéologie. L’interculturalisme: c’est un terme inventé de toutes pièces pour ne pas utiliser le mot multiculturalisme.». Un peu plus tard, Bouchard annonce plus ou moins clairement qu’il voit l’interculturalisme comme un concept qui doit être cristallisé sous forme de loi et qui peut être non seulement appliqueée à ce qu’il appelle la «diversité ethno-culturelle», mais aussi au cas de la laïcité. Selon lui, il faut rassurer la majorité francophone québécoise (en voir la preuve ici).

Pour ce qui est des vidéos, sur YouTube ou ailleurs, peu d’espace y est consacré. Nous avons trouvé des discours de Richard Martineau sur le cours d’ERC (voir ici) et quelques vidéos qui montre les chefs politiques comme l’ancien chef du Bloc Québécois dire son opinion sur la question (voir ici). Les médias sociaux n’en parlent tout simplement pas. Twitter et Facebook ne sont pas remplis de mentions de l’interculturalisme. Sur ces plates-formes, le terme est pratiquement inexistant.

Pour terminer, nous pouvons dire que la notion d’interculturalisme n’est que rarement dénuée de politique et d’idéologie. Il est aussi très centré sur le débat des accommodements raisonnables, Gérard Bouchard et de la notion de laïcité. Les médias anglophones semblent en parler principalement parce que l’interculturalisme s’oppose au modèle du multiculturalisme. Les médias francophones, eux, s’intéressent au concept lorsqu’il est relié à des faits divers qui ont rapport avec la diversité, la laïcité, le pluralisme et le multiculturalisme. Au Québec (par opposition au reste du Canada), l’interculturalisme est sans aucun doute relié à Gérard Bouchard et est discuté par les médias francophones comme un débat. Les lettres d’opinions sont plus nombreuses que les articles journalistiques et Gérard Bouchard est très présent en écrivant lui-même quelques-unes de ces lettres d’opinions.

Laurie Savard
25 septembre 2011