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Visioconférence entre Barcelone et Montréal

Le 20 décembre dernier, le LABRRI (Université de Montréal) et le GRITIM-UPF (Universitat Pompeu Fabra) ont tenu en initiative conjointe une visioconférence entre la ville de Montréal et la ville de Barcelone sous le thème «Attentes partagées à propos des politiques et des pratiques interculturelles». Voici le résumé de cette première visioconférence proposée par Rachel Boivin-Martin.

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Résumé de la première visioconférence entre Barcelone et Montréal

En 2011, la Ville de Montréal obtient la reconnaissance du Conseil de l’Europe comme cité interculturelle. Elle rejoint Barcelone et 38 autres villes dans le monde qui, d’après le Conseil de l’Europe et l’Union européenne, déploient des efforts innovateurs et créatifs pour faire la promotion des pratiques et des politiques interculturelles (pour en savoir plus : http://www.coe.int/t/dg4/cultureheritage/culture/cities/default_fr.asp).

En septembre 2012, des représentants de la Ville de Montréal ont été invités pour participer à un séminaire sur les villes interculturelles, organisé par GRITIM-UPF, le réseau espagnol des Cités interculturelles (RECI) et le Conseil de l’Europe. Pendant ce séminaire, des représentants de la Ville de Barcelone et leurs invités étaient aussi présents.  Des discussions informelles ont amené les participants de Montréal et de Barcelone à penser qu’il serait profitable pour les représentants de ces deux villes (administrateurs, chercheurs, travailleurs communautaires) d’entreprendre des collaborations futures (cliquer ici pour en savoir plus: https://labrri.wordpress.com/2012/10/21/monitoring-intercultural-cities/)

Comme premier pas dans cette direction, des représentants des deux villes ont proposé une série de vidéoconférences qui auraient comme but de comparer idées et orientations sur l’élaboration des politiques et des pratiques interculturelles.

Après une brève présentation des caractéristiques démographiques et sociales des deux villes respectives, la discussion a porté sur la gouvernance en cherchant à préciser les mécanismes d’implémentation et les premières retombées des politiques municipales interculturelles. Ce regard croisé a permis également aux intervenants de constater la ressemblance de certains enjeux auxquels faisaient face les deux municipalités et surtout, à préciser l’intérêt pour les initiatives interculturelles de chacune des villes.

Voici des questions formulées par l’équipe de Barcelone pour l’équipe de Montréal :

  • Ÿ Quel rôle a l’apprentissage de la langue française ?
  • Ÿ Comment travaillez-vous dans des quartiers à haut taux d’immigration ?
  • Ÿ Comment travaillez-vous avec les autres départements de la Ville de Montréal ?

Voici des questions formulées par l’équipe de Montréal pour l’équipe de Barcelone :

  • Ÿ Qui prend part à votre « Immigrant Council »?
  • Ÿ Quels services sont offerts par le Programme d’accueil ?
  • Ÿ Comment avez-vous introduit l’ « interculturel » au niveau politique ?

La rencontre a donné lieu à des agréables surprises à l’endroit de chacune des deux villes.  Par exemple, les projets des bibliothèques municipales de Montréal et les formations interculturelles offertes aux fonctionnaires ainsi que les politiques linguistiques du Québec ont été d’un grand intérêt pour l’équipe de Barcelone. L’équipe de Montréal de son côté a été impressionnée par plusieurs programmes à Barcelone, notamment le programme anti-rumeurs, les initiatives d’accueil aux immigrants et le « Immigrant Council ».

Les différents participants ont exprimé de l’intérêt à poursuivre les échanges, en principe lors d’une deuxième rencontre visioconférence au printemps 2013.  Merci à tous et à toutes qui ont participé à l’organisation de cette initiative.

Pour consulter le programme de la visioconférence:

Cliquez ici pour télécharger la version en français

Click here to download english version

Liste des participants :

  • Ramon Sanahuja, Director d’Immigració i Interculturalitat
  • Núria Pàmies, Coordinadora de la Xarxa d’entitats d’acollida de Barcelona
  • Miriam Llenas, Espai Avinyó
  • Nestor Navarro, Projectes d’interculturalitat amb entitats
  • Maria Pastor, Projectes d’interculturalitat amb entitats
  • Ricard Zapata Barrero, GRITIM de la Universitat Pompeu Fabra
  • Patrice Allard, Direction de la diversité sociale de la Ville de Montréal
  • Claudie Mompoint, Direction de la diversité sociale de la Ville de Montréal
  • Claire Bradet, Direction de la diversité sociale de la Ville de Montréal
  • Danielle Gratton, LABRRI de l’Université de Montréal
  • Rachel Boivin-Martin, LABRRI de l’Université de Montréal
  • Bob White, LABRRI de l’Université de Montréal

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Retraite de M Gilles Rioux

Les membres du LABRRI sont tristes de voir partir à la retraite M Gilles Rioux, directeur de la Direction de la Diversité Sociale de la Ville de Montréal. M Rioux est depuis longtemps un promoteur de l’action interculturelle à Montréal et quelqu’un de très impliqué dans la défense de la diversité sociale. Nous nous comptons chanceux d’avoir eu l’occasion de travailler avec lui et nous lui souhaitons une retraite pleine de projets et d’avenir. Voici un extrait de l’intervention de M Rioux lors des dernières journées d’étude GERACII-LABRRI. Pour plus d’informations sur ces journées ou  veuillez consulter le site internet officiel des Journées d’étude. La vidéo complète de cette conférence sera publiée bientôt.


Journées d’étude GERACII-LABRRI – nouvelles mise en ligne

Le 26 octobre et le 23 novembre 2012, le GERACII et le LABRRI ont tenu deux journées d’étude intitulées «Les dynamiques interculturelles au cœur de la ville : États des lieux et états des savoirs». Il est maintenant possible de regarder l’intégralité de la première journée sur le site internet des Journées d’Étude GERACII-LABRRI. Pour vous aider à visionner la vidéo de manière efficace, nous avons fourni un document accompagnateur. Celui-ci indique qui parlait et le sujet de la conférence ou de la conversation pour chaque tranche de temps. Il est maintenant plus facile de retrouver une conférence dans la vidéo intégrale.

Nous vous invitons à consulter cette vidéo et à  partager vos commentaires sur celle-ci ou sur les journées d’étude. Veuillez noter que la vidéo de la deuxième journée ainsi que son document accompagnateur seront mise en ligne sous peu.

Pour plus d’informations sur les journées d’étude ou pour consulter la vidéo intégrale, visitez le site internet permanent des journées d’étude: http://dynamiquesinterculturelles2012.wordpress.com


Atelier sur le Bottin Interculturel (BIC)

Présentation des résultats de recherche préliminaires sur la création d’un Bottin interculturel (compte rendu proposé par Jorge Frozzini)

Le 26 janvier 2012, dans le cadre de la série « Ateliers du LABRRI », Laurie Savard et Rachel Boivin-Martin ont présenté leurs résultats préliminaires sur la création d’un bottin interculturel. Cet outil constitue l’un des premiers pas dans l’entente de partenariat de recherche entre le LABRRI et le Conseil interculturel de Montréal (CIM)[1].

En ce jeudi matin d’une belle journée du mois de janvier, nous avons eu le plaisir d’entendre la présentation de Laurie Savard et Rachel Boivin-Martin portant sur l’élaboration d’un « bottin interculturel ». Elles nous ont fait part non seulement de leur méthodologie de recherche, mais aussi de leurs observations et de la première version du bottin électronique qui devrait être mis en ligne au début de 2012. La présentation a mis en évidence l’utilité du bottin comme une référence pour les différents chercheurs intéressés par la réalité et l’orientation de recherche interculturelle, principalement dans l’Est du Canada. De plus, il aura l’avantage d’être interactif puisqu’il est construit sous forme de wiki, en plus de nous permettre de visualiser les différents réseaux dans lesquels les chercheuses et les chercheurs évoluent. Parmi les informations originales contenues dans le bottin, nous retrouvons une liste de publications illustrant le courant interculturel du chercheur. Par exemple, nous pouvons citer des textes tels que celui de Lomomba Emongo. 2011. « Il était une fois l’Autre. Propos pour une recherche en alternatives ». Eberhard, Christoph. (éditeur). Le courage des alternatives. Éditions Académia-Bruylant. Sous presse; ou celui de Danielle Gratton. 2009. L’Interculturel pour tous : une initiation à la communication pour le troisième millénaire. Éditions : Saint-Martin et ainsi de suite.

Afin de constituer ledit bottin, il aura fallu un immense travail de recherche en vue de collecter l’information pertinente à travers le Québec et l’Ontario. En effet, la méthodologie proposée pour trouver les chercheurs travaillant dans une perspective ou une orientation interculturelle n’était pas quelque chose d’aisé, car cette dernière n’est pas toujours explicite dans l’information disponible au sujet des chercheurs. Ainsi, elles ont procédé par une série d’étapes leur permettant d’écarter ou de retenir les chercheurs pertinents à la constitution de ce bottin et cela à travers toutes les disciplines pouvant faire appel à une telle perspective.

 

La première étape était celle de la définition. Elles ont procédé, en premier lieu, à la distinction de l’utilisation du terme interculturel à l’aide de trois registres :

  1. Le registre sociologique ou thématique, c’est-à-dire l’utilisation du terme pour décrire un état de fait ou une rencontre.
  2. Le registre idéologique ou dynamique selon lequel l’interculturel est un modèle décisionnel, une façon de gérer la diversité, etc.
  3. Le registre de l’orientation, d’une épistémologie ou d’une philosophie interculturelle en ce sens que l’interculturel renvoie à une vision du monde ou à une éthique relationnelle.

À l’aide de ces trois registres, lors de la deuxième étape, elles ont pu commencer à rechercher les chercheuses et les chercheurs intéressés par ce domaine. Une fois cette étape réalisée, elles ont procédé par institutions universitaires et en dernier lieu à partir des références se trouvant dans les publications ou travaux de recherche.

À l’aide des trois registres, les conférencières ont exploré les intérêts des chercheuses et des chercheurs pour la culture. Par la suite, elles se sont penchées sur le contexte d’utilisation du mot interculturel ou, en d’autres termes, la façon de le combiner avec d’autres mots. Elles se sont rendu compte, entre autres choses, que les trois registres sont complémentaires, tout en étant conscientes que ce modèle des trois registres ne s’applique pas nécessairement en dehors du Québec. De plus, elles ont pu constater des différences dans l’utilisation du terme interculturel entre les anglophones et les francophones, en plus de l’importance du vocabulaire utilisé par les chercheuses et les chercheurs pour bien comprendre ce qu’ils entendent par interculturel. En ce sens, une observation particulièrement intéressante a été l’utilisation des différentes déclinaisons du terme interculturel, selon le registre utilisé par la chercheuse ou le chercheur. Ainsi, lorsqu’on utilise le premier registre (sociologique), on a tendance à utiliser le terme interculturalité, tandis que dans le deuxième registre (idéologique/dynamique) c’est plutôt le vocable interculturalisme qu’on utilise. Finalement, parmi les chercheuses et les chercheurs utilisant le troisième registre (orientation/épistémologie/philosophie) c’est davantage le mot interculturel qui prédomine.

Lors de cette présentation, il y a eu une série de discussions autour des critères de sélections des chercheuses et des chercheurs mentionnés dans le bottin. En effet, que faire par exemple, d’une personne qui n’a pas été inscrite dans le bottin et qu’elle considère que cela devrait être le cas? Les échanges nous ont guidés naturellement vers l’importance de bien expliquer les critères de sélection avant de rendre public cet outil.

Le travail présenté a été non seulement acharné, mais aussi précurseur. En effet, en situant dans un même registre des individus parsemés dans des lieux géographiques et disciplinaires aussi vastes, elles contribuent à dévoiler le monde dans toute sa complexité et permettent de nommer l’optique épistémologique et philosophique qu’est l’interculturel. Ce premier pas permettant de visualiser une communauté de partage ne s’arrête pas qu’à une simple liste de noms et d’affiliations, ni à une bibliographie exhaustive, car le travail ne fait que commencer.


Cours sur la recherche collaborative

En hiver 2012, Prof. Bob White organise un cours sur les méthodes de recherche collaboratives. 
Voici un résumé et d’autres informations au sujet du cours:

ANT3073
Méthodes de collaboration ethnographique

Pavillon Jean-Brillant, B-3210
Hiver 2012 / les mercredi à 13h

Professeur: Bob W. White
Bureau: C-3080 Pavillon Lionel-Groulx
(514) 343-7329 / bob.white@umontreal.ca

« Les critiques post-modernistes américaines des années 1980, qui s’intéressaient à l’ethnographie comme pratique d’écriture, ont eu un impact considérable sur les problématiques et les pratiques de l’analyse culturelle en anthropologie.  Malheureusement, depuis cette dernière « crise de représentation » nous avons négligé le contexte dans lequel le savoir anthropologique est initialement produit et les processus par lesquels le chercheur essaie de traduire l’expérience de l’Autre avant de passer à l’écriture. À travers une série de lectures et de cas de figures, nous allons utiliser la métaphore de la rencontre pour réfléchir sur les dynamiques de la collaboration dans le processus de la recherche anthropologique. »

Travaillant en petits groupes de 5 à 6 personnes, les étudiants vont effectuer un travail de terrain en collaboration avec un des organismes communautaires qui interviennent dans le domaine des relations interculturelles à Montréal.

Pour avoir plus d’information, voir le site du Département d’anthropologie à L’Université de Montréal:
http://www.anthro.umontreal.ca/cours/plans_cours.html


Atelier sur la peur des immigrants

Compte-rendu proposé par Estelle Prébolin

En ce vendredi 23 septembre 2011 l’équipe du Labrri s’est rassemblée autour d’un sujet très préoccupant : celui de la peur exprimée sur la sphère publique par les citoyens québécois, en particulier durant les séances plénières mises sur pied par la Commission Bouchard-Taylor. Durant cet atelier, nous avons eu le privilège d’entendre Jorge Frozzini, venu à ce propos nous présenter son travail de thèse. En effet, il a exploré,  plusieurs années durant, les questions de l’intimité et de son expression dans les rapports interculturels au Québec[1]. Cette approche est envisagée dans une perspective innovante puisqu’elle n’entend pas questionner l’intimité dans son sens le plus communément accepté, soit en tant que synonyme des rapports qui s’instaurent et s’entretiennent au sein de la sphère privée. Plus précisément, il s’agit selon Jorge de s’interroger sur la manière dont le concept d’intimité permet d’appréhender, de cerner et de comprendre des phénomènes propres aux interactions micro et macrosociologiques, formant en quelques sortes une imaginaire social (Appadurai) à part entière. Cet imaginaire serait perceptible à travers une mise en scène particulièrement « banale », propre aux séances plénières de la Commission notamment.

 


Cette mise en scène de la « banalité » (tel que l’entendait De Certeau) ne serait pas innocente et sans conséquence d’un point de vue sociologique. En effet, la Commission aurait pu demeurer dans l’espace de confinement, tel que cela a pu s’observer dans le traitement des affaires sur le cas du voile en France. Or, cela ne fut pas le cas. La fonction de la Commission dépendait en outre de sa mise en public.

Ainsi, l’idée originale de Jorge à consister à reprendre le concept d’intimité qui est utilisé dans le domaine du marketing et à l’appliquer dans l’analyse des produits culturels. Jorge a su observer dans quelle mesure ces interactions, telles qu’elles ont pu se produire et s’observer dans le cas de la Commission Bouchard-Taylor, ne sont pas sans rapport aux sentiments d’insécurité (Taylor) et de peur. C’est pourquoi Jorge a entrepris des recherches sur ces sentiments dans le cadre de son postdoctorat.

En observant les réactions sur les plateformes de discussions et forums d’expression mises en place au Québec durant la Commission, la notion de peur est apparue selon Jorge contiguë à différents facteurs et thématiques. L’histoire du Québec et d’autres évènements plus récents ont influencé selon lui cette peur de l’Autre que l’on trouve chez les « québécois de souche ». Jorge souligne combien il est intéressant d’analyser le lien entre la peur de ne plus exister en tant que groupe ethnique et la présence de l’immigrant. Ce dernier point n’est pas sans rapport à a tradition anthropologique et laisse matière à penser et repenser notre discipline en tant que médiateur culturel.

Les questionnements qui parcoururent l’atelier furent très pertinents, interrogeant entre autres la légitimité et le rôle des médias, le statut de l’expertise prodiguée durant la Commission, les limites de la mise en scène du Soi, ainsi que son besoin d’expression croissant dans la modernité. L’interdisciplinarité, la mémoire, l’imaginaire culturel furent vivement débattu. La question du rôle de l’anthropologue ne se veut pas tabou dans la mise en scène de la banalité. La question, selon Jorge, tient à déterminer la « bonne » méthode et manière d’envisager ce genre de discours banal.

Il faudrait selon moi introduire une réflexion critique et réflexive concernant le regard du chercheur face à l’expression de la peur. Est–il possible d’interroger l’angoisse, au lieu de la dénoncer, ou de la contraindre au silence ? C’est le questionnement qui va nous intéresser dès à présent. Il suffirait de ne pas éviter une telle confusion scientifique, en situant la facticité du quotidien en dehors des propos selon le point de vue du chercheur fondent leur intérêt.

L’atelier aura contribué à dénoncer ce que les scientifiques définissent comme « l’ordre populaire ». Mettre en scène la peur des individus est un risque auquel il s’agit de se mesurer. Je ferai ici l’état de mon étonnement, misant sur la mécompréhension et cette mise à l’écart (je suis française donc étrangère) pour faire l’état d’une différence culturelle qui soit un vecteur de données. D’un point de vue méthodologique, comment éviter que les habitudes métaphysiques ne bornent le regard du scientifique, tendant à écarter systématiquement les catégories appartenant au discours populaire sous la bannière d’un discours savant ? Eviter un tel mouvement est en soi une aberration. En fait cette superposition n’est pas à éviter mais à analyser dans son contenu. La question a été soulevée à de nombreuses reprises : les aprioris du savant sur l’individu ne sont pas inexistant.

Dans un tel mouvement, le patriotisme ne doit pas, être négligé, sous couvert d’éviter l’arbitraire (Durkheim). En effet, tenter d’accéder à la compréhension de l’Autre est une forme de mysticisme qui est le propre de la tradition chrétienne, et maintient la méthode anthropologique dans l’ordre de la bienséance (De Certeau[2]), occultant le plus souvent l’angoisse provoquée par la peur de l’ethnocentrisme :

Fear of ethnocentricism is respectable. It deserves the same respect that it gives others by postulating that one should not reduce their thoughts, even if they are savage, to slavery nor assimilate them out of disdain for their originality. But sometimes, this fear is a bad counselor : nothing actually tells us that thoughts born in our climes have not found shelter in exotic words, nor conversely, that thoughts having come from far away have not been concealed within words familiar to us (we are far from knowing everything about the great migration of thoughts, despite some general hypotheses) (Augé ; 2004 : 8-9 tel que traduit par Marjolijn de Jager).

L’angoisse et l’inauthenticité chez le chercheur sont le plus souvent évacuées en amont de la recherche, dictés par la « bonne manière », manière authentique, d’utiliser les objets et le souci de s’intéresser à Autrui (Waelhens ; 1955) (Devereux ; 1980). En réalité, l’intimité est avant tout une forme de pouvoir. Elle est utile pour se rapprocher des gens mais aussi pour se distancer, et créer un certain rapport entre « nous » par rapport à « eux », d’où l’importance des impressions, celles que l’on a des autres et celles qu’on désir laisser aux autres. Tout individu qui croit perdre un point d’attache se débite instantanément et ne réussit qu’à assouvir des désirs plus ou moins élitistes. Cette tentative de contrôle du « eux », à travers une forme bienséance, est manifeste de la tradition anthropologique compréhensive. Durant l’atelier, certains ont su percer à jour le travail de « différenciation » que le regard de l’anthropologue opère face à l’expression de la peur (Emongo). Cet écart entre authenticité et inauthenticité est signifiant d’un point de vue méthodologique. Il ramène l’être à la conscience de la manière dont on place l’Autre à l’écart en se distinguant en tant qu’anthropologue dans les relations sociales.

On notera que l’authenticité est fréquemment, tel qu’observé durant l’atelier, objet de  dénonciation au privilège de son pendant inauthentique. Or, l’ethnologue ne fait pas exception à ces deux modes d’existence. La peur est une anticipation de quelque chose mais en même temps un acte du souvenir. Peut être s’agit il d’un vécu mais aussi d’une création de souvenirs. Peut être s’agit-il d’une idéologie qui n’est pas inconnue à la Nation dont je suis issue en tant qu’étrangère. Perfection, intimité, habitude, antipatriotisme se rangent parmi les corollaires d’un discours scientifique qui fait du sentiment d’insécurité la matrice de sa différence. Selon Durkheim, le positionnement anti patriotique empêche le chercheur de comprendre et d’appréhender l’organisation sociale qui dépasse l’individu et reste nécessaire pourtant à ce dernier pour survivre : ce qu’un ouvrier serait capable de cerner, un expert ne le remarquera même pas un tant « soi » peu. Or, l’angoisse pousse le soi du chercheur à se replier sous le couvert de son expertise, car, vidé de ses attaches traditionnelles, il refuse de rencontrer à nouveau. L’atelier, quant à lui, aura contribué proposer une méthode pour qu’est lieu cette rencontre.

 


 

[1] Cf. intitulée Understanding Intimacy: The Cultural and Ethical Implications of Intimacy During the Bouchard-Taylor Commission,

[2] Il faut être réaliste. L’Eglise est une société. Or une société se définit par ce qu’elle exclut. Elle se constitue en se différenciant. Former un groupe, c’est créer des étrangers. Il y a là une structure bipolaire essentielle à toute société : elle pose un « dehors » pour qu’existe un « entre nous » ; des frontières, pour que se dessine un pays intérieur ; des « autres », pour qu’un « nous » prenne corps. Cette loi est aussi un principe d’élimination et d’intolérance. Elle porte à dominer, au nom d’une vérité définie par le groupe. Pour se défendre de l’étranger, on l’absorbe ou on l’isole. Conquistar y pacificar : deux termes identiques pour les conquistadors espagnols d’autrefois. N’en faisons-nous pas autant, fût-ce sur le mode de « comprendre » les autres et, en ethnologie par exemple, de les identifier à ce que nous savons d’eux et (pensons-nous) mieux qu’eux ? (De Certeau ; L’étranger, Figures Libres : Mémoire vive, mars 1969).


Préoccupations des migrants en réadaptation

Préoccupations et attentes des divers partenaires impliqués dans la réadaptation de clients en provenance de communautés multiethniques diverses et issus de l’immigration

Chercheur Danielle Gratton M.Ps. M.Sc Hôpital Juif de Réadaptation (Hôpital juif de réadaptation)
Co-chercheur  Isabelle Gélinas Ph. D. département d’ergothérapie Université McGill

Cette recherche de nature exploratoire et qualitative visait à cerner les préoccupations et les attentes des migrants, des intervenants et des tiers payeurs dans des contextes pluriethniques. Elle visait à mettre en évidence les particularités spécifiques de l’intervention auprès des immigrants. Elle visait, de façon plus précise, à cerner les cohérences et les incohérences des points de vue à partir des préoccupations et des attentes de ces trois partenaires.

Pour lire le rapport de recherche au complet, Cliquez ici