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Appel à la contribution – Chroniques de l’interculturel au Québec

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Dans le cadre du prochain colloque de l’ACFAS au mois de mai prochain le LABRRI organise le colloque « Chroniques de l’interculturel au Québec » le 8 mai 2013. Nous invitons tous les intéressés à venir nous y rejoindre. De plus, nous serions heureux de recevoir vos propositions de contribution sous l’angle d’analyse qui vous convient, surtout autour des sujets qui touchent l’évolution de la pensée interculturelle au Québec d’un point de vue critique. Veuillez transmettre vos propositions à Bob White (bob.white@umontreal.ca) ou à Lomomba Emongo (lomomba@sympatico.ca) d’ici au 12 février.

Voici l’appel en version détaillée :

 

Chroniques de l’interculturel au Québec

Colloque organisé par le Laboratoire de Recherches en Relations Interculturelles Université de Montréal
mercredi 8 mai, 2013

Dans le cadre du 81e congrès de l’ACFAS Université Laval / Ville de Québec

Depuis quelques années, le mot « interculturalisme » connaît un regain d’intérêt au Québec. Sous la plume de certains, il prend parfois la dimension de nouveau maître-mot qui permettrait de réorganiser à la fois la cohérence intellectuelle et la cohésion sociale du Québec contemporain. S’agit-il d’une nouvelle idéologie politique québécoise ou bien réaménagement terminologique de certaine idéologie opposant sans doute indûment le Québec au reste du Canada et, dans une autre mesure, les immigrants aux Québécois « de souche » ?

Il nous importe de noter tout de suite que, comme toute société issue de l’immigration, le Québec a toujours composé avec les dynamiques interculturelles. De sorte que le fait interculturel ne lui est pas surajouté, mais intrinsèque. D’où l’inquiétude épistémologique que suscite le recyclage du mot et, partant, la réalité de l’interculturel, dans le sens du nouveau mythe fondateur du Québec. Le risque d’instrumentalisation du terme est ici patent. À ce seul titre, nous nous croyons fondés de proposer une lecture alternative de la « généalogie » du terme et de ses assertions dans le contexte québécois contemporain.

Il faut insister sur ce risque aussi inédit qu’inquiétant. En effet, dans un texte récent au sujet de l’interculturalisme, l’historien et sociologue Gérard Bouchard donne l’impression que l’interculturalisme, malgré quelques flous autour de sa définition, serait l’objet d’un certain consensus, et pas seulement dans le milieu académique (2010 : 2). Mais de quel interculturalisme parle-t-on exactement? Au Québec le terme est utilisé d’au moins trois façons : pour décrire une réalité sociologique, pour décrire une politique d’État et pour décrire une orientation philosophique. Cette question se pose au sujet de la série d’activités qui visaient à définir la notion d’interculturalisme, visiblement dans l’optique d’articuler un modèle québécois de gestion

de la diversité culturelle (voir http://www.symposium-interculturalisme.com/1/accueil/fr), suite au rapport final de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (connu aussi sous le nom de La Commission Bouchard-Taylor) . Malheureusement, cette conception de l’interculturalisme évacue beaucoup trop facilement aussi bien des données théoriques que des éléments sociohistoriques non négligeables de la réalité interculturelle du Québec d’aujourd’hui (voir www.labrri.wordpress.com).

L’idée d’une chronique de l’interculturel au Québec naît du besoin évident de relire l’histoire et la société québécoise au-delà des rôles idéologiques qu’on peut vouloir faire jouer au mot à un moment ou un autre. Il s’agit de reconstituer autant que faire se peut, non pas une chronique strict sensu, mais bien quelques-uns des temps-forts du développement de l’interculturel au Québec. Notamment, nous aimerions questionner à nouveaux frais les rencontres historiques qui jalonnent cette chronique entre penseurs issus de l’immigration ou non, chercheurs académiques d’ici et d’ailleurs dans le monde, acteurs sociaux de la base dans la mosaïque culturelle du Québec réel, décideurs québécois…


Visioconférence entre Barcelone et Montréal

Le 20 décembre dernier, le LABRRI (Université de Montréal) et le GRITIM-UPF (Universitat Pompeu Fabra) ont tenu en initiative conjointe une visioconférence entre la ville de Montréal et la ville de Barcelone sous le thème «Attentes partagées à propos des politiques et des pratiques interculturelles». Voici le résumé de cette première visioconférence proposée par Rachel Boivin-Martin.

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Résumé de la première visioconférence entre Barcelone et Montréal

En 2011, la Ville de Montréal obtient la reconnaissance du Conseil de l’Europe comme cité interculturelle. Elle rejoint Barcelone et 38 autres villes dans le monde qui, d’après le Conseil de l’Europe et l’Union européenne, déploient des efforts innovateurs et créatifs pour faire la promotion des pratiques et des politiques interculturelles (pour en savoir plus : http://www.coe.int/t/dg4/cultureheritage/culture/cities/default_fr.asp).

En septembre 2012, des représentants de la Ville de Montréal ont été invités pour participer à un séminaire sur les villes interculturelles, organisé par GRITIM-UPF, le réseau espagnol des Cités interculturelles (RECI) et le Conseil de l’Europe. Pendant ce séminaire, des représentants de la Ville de Barcelone et leurs invités étaient aussi présents.  Des discussions informelles ont amené les participants de Montréal et de Barcelone à penser qu’il serait profitable pour les représentants de ces deux villes (administrateurs, chercheurs, travailleurs communautaires) d’entreprendre des collaborations futures (cliquer ici pour en savoir plus: https://labrri.wordpress.com/2012/10/21/monitoring-intercultural-cities/)

Comme premier pas dans cette direction, des représentants des deux villes ont proposé une série de vidéoconférences qui auraient comme but de comparer idées et orientations sur l’élaboration des politiques et des pratiques interculturelles.

Après une brève présentation des caractéristiques démographiques et sociales des deux villes respectives, la discussion a porté sur la gouvernance en cherchant à préciser les mécanismes d’implémentation et les premières retombées des politiques municipales interculturelles. Ce regard croisé a permis également aux intervenants de constater la ressemblance de certains enjeux auxquels faisaient face les deux municipalités et surtout, à préciser l’intérêt pour les initiatives interculturelles de chacune des villes.

Voici des questions formulées par l’équipe de Barcelone pour l’équipe de Montréal :

  • Ÿ Quel rôle a l’apprentissage de la langue française ?
  • Ÿ Comment travaillez-vous dans des quartiers à haut taux d’immigration ?
  • Ÿ Comment travaillez-vous avec les autres départements de la Ville de Montréal ?

Voici des questions formulées par l’équipe de Montréal pour l’équipe de Barcelone :

  • Ÿ Qui prend part à votre « Immigrant Council »?
  • Ÿ Quels services sont offerts par le Programme d’accueil ?
  • Ÿ Comment avez-vous introduit l’ « interculturel » au niveau politique ?

La rencontre a donné lieu à des agréables surprises à l’endroit de chacune des deux villes.  Par exemple, les projets des bibliothèques municipales de Montréal et les formations interculturelles offertes aux fonctionnaires ainsi que les politiques linguistiques du Québec ont été d’un grand intérêt pour l’équipe de Barcelone. L’équipe de Montréal de son côté a été impressionnée par plusieurs programmes à Barcelone, notamment le programme anti-rumeurs, les initiatives d’accueil aux immigrants et le « Immigrant Council ».

Les différents participants ont exprimé de l’intérêt à poursuivre les échanges, en principe lors d’une deuxième rencontre visioconférence au printemps 2013.  Merci à tous et à toutes qui ont participé à l’organisation de cette initiative.

Pour consulter le programme de la visioconférence:

Cliquez ici pour télécharger la version en français

Click here to download english version

Liste des participants :

  • Ramon Sanahuja, Director d’Immigració i Interculturalitat
  • Núria Pàmies, Coordinadora de la Xarxa d’entitats d’acollida de Barcelona
  • Miriam Llenas, Espai Avinyó
  • Nestor Navarro, Projectes d’interculturalitat amb entitats
  • Maria Pastor, Projectes d’interculturalitat amb entitats
  • Ricard Zapata Barrero, GRITIM de la Universitat Pompeu Fabra
  • Patrice Allard, Direction de la diversité sociale de la Ville de Montréal
  • Claudie Mompoint, Direction de la diversité sociale de la Ville de Montréal
  • Claire Bradet, Direction de la diversité sociale de la Ville de Montréal
  • Danielle Gratton, LABRRI de l’Université de Montréal
  • Rachel Boivin-Martin, LABRRI de l’Université de Montréal
  • Bob White, LABRRI de l’Université de Montréal

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Retraite de M Gilles Rioux

Les membres du LABRRI sont tristes de voir partir à la retraite M Gilles Rioux, directeur de la Direction de la Diversité Sociale de la Ville de Montréal. M Rioux est depuis longtemps un promoteur de l’action interculturelle à Montréal et quelqu’un de très impliqué dans la défense de la diversité sociale. Nous nous comptons chanceux d’avoir eu l’occasion de travailler avec lui et nous lui souhaitons une retraite pleine de projets et d’avenir. Voici un extrait de l’intervention de M Rioux lors des dernières journées d’étude GERACII-LABRRI. Pour plus d’informations sur ces journées ou  veuillez consulter le site internet officiel des Journées d’étude. La vidéo complète de cette conférence sera publiée bientôt.


Journées d’étude GERACII-LABRRI – nouvelles mise en ligne

Le 26 octobre et le 23 novembre 2012, le GERACII et le LABRRI ont tenu deux journées d’étude intitulées «Les dynamiques interculturelles au cœur de la ville : États des lieux et états des savoirs». Il est maintenant possible de regarder l’intégralité de la première journée sur le site internet des Journées d’Étude GERACII-LABRRI. Pour vous aider à visionner la vidéo de manière efficace, nous avons fourni un document accompagnateur. Celui-ci indique qui parlait et le sujet de la conférence ou de la conversation pour chaque tranche de temps. Il est maintenant plus facile de retrouver une conférence dans la vidéo intégrale.

Nous vous invitons à consulter cette vidéo et à  partager vos commentaires sur celle-ci ou sur les journées d’étude. Veuillez noter que la vidéo de la deuxième journée ainsi que son document accompagnateur seront mise en ligne sous peu.

Pour plus d’informations sur les journées d’étude ou pour consulter la vidéo intégrale, visitez le site internet permanent des journées d’étude: http://dynamiquesinterculturelles2012.wordpress.com


Monitoring Intercultural Cities

Au mois de septembre dernier, j’ai eu le plaisir d’assister à une série de rencontres organisées par le RECI (Le réseau espagnol de villes interculturelles), le Conseil de l’Europe, et le GRITIM (un centre de recherche de l’Universitat Pompeu Fabra à Barcelone dirigé par Ricard Zapata-Barrero, qui est actuellement en congé sabbatique avec une affiliation au CRÉCQ à l’UQAM).

Voici un résumé des activités:

RECI- Barcelona European Summer School

MONITORING INTERCULTURAL CITIES: DISCOURSES IN ACTION


Barcelona, September 21 and 22, 2012 CaixaForum (Av. Francesc Ferrer i Guàrdia, 6-8 – Barcelona)

Organised by:  RECI-Red Española de Ciudades Interculturales, Council of Europe and GRITIM-Universitat Pompeu Fabra, With the collaboration of Obra Social “La Caixa”

This meeting aims to discuss two essential topics for the intercultural cities programme: the implementation and evaluation of intercultural policies.  The Implementation topic is approached through the relationship between intercultural discourse and intercultural practice, and reveals the importance to reduce the gap between concept and policy. Questions on how to translate the diversity into action will be central, as well as issues related to the viability and feasibility of intercultural strategies for urban diversity management. Required resources and existing restrictions for the implementation of intercultural integration will also be discussed.  Through the Evaluation topic we want to promote an open discussion on how to monitor intercultural policies, in terms of qualitative and quantitative indicators, and how to measure policy outcomes in terms of social cohesion and city development. The main purpose of the meeting is to engage city policy makers and politicians, civil society and academics, to promote knowledge transfer and encourage a policy/research alliance, through open debates and cooperation between local authorities and stakeholders across Europe and beyond.

 

 

C’était une rencontre très stimulante, avec la participation de chercheurs, décideurs, et praticiens spécialisés dans le domaine des politiques interculturelles et venant de par tout dans le monde.  Patrice Allard et Claudie Mompoint de la Direction de la diversité sociale de la Ville de Montréal ont été invités également et Patrice a donné une présentation au sujet de la diversité sociale et culturelle à Montréal qui a suscité beaucoup d’intérêt.

Voici la version française du programme:  Barcelona école d’été ICC programme

 

 

À travers mes discussions avec les collègues à Barcelone, nous avons exploré quelques possibilités de collaboration future entre Montréal et Barcelone, qui, depuis une dizaines d’années a mis sur pied des programmes interculturels très innovateurs.  Pour plus d’information à ce sujet, voir le lien suivant:  http://www.bcn.cat/novaciutadania/arees/en/dialeg/dialeg.html

Mes remerciements à Ricard Zapata pour l’invitation, ainsi qu’aux collègues du Conseil de l’Europe et du RECI pour leur accueil chaleureux pendant mon séjour.  D’autres nouvelles à venir…

Bob White
LABRRI

Dialogue et représentations – IADA

L’année dernière se tenait la treizième conférence annuelle de l’International Association for Dialogue Analysis (IADA) à l’Université de Montréal où 200 conférenciers se sont rencontrés sous le thème de Dialogue et représentations. Le LABBRI y a présenté un atelier intitulé «La notion d’interculturalisme au Québec: histoire non autorisée d’un nouveau mythe fondateur». Danielle Gratton, Lomomba Emongo, Jorge Frozzini et Bob White y ont discuté de la carrière politique de l’interculturalisme au Québec, de l’archéologie de la terminologie de l’interculturalité, l’interculturalisme et les travaux de la Commission Bouchard-Taylor ainsi que des représentations de dialogue et transformations institutionnelles au Québec.

Les textes reliés aux conférences de Jorge Frozzini et de Bob White sont maintenant disponibles en ligne!

Jorge Frozzini a écrit un texte intitulé «L’interculturalisme et les travaux de la Commission Bouchard-Taylor»

Bob White avait, quant à lui, a proposé un texte dans le programme officiel de l’événement
Pour ceux et celles qui voudraient pousser leurs lectures un peu plus loin, M Frozzini avait proposé un résumé du colloque de 2011 sur ce même blogue, vous pouvez accéder à son billet ici : cliquez ici


Table ronde sur l’épistémologie de l’interculturel (résumé)

Le 19 mars dernier, le Groupe d’études et de recherches axées sur la communication internationale et interculturelle (GERACII) a organisé, en collaboration avec le Laboratoire de recherche en relations interculturelles (LABRRI), une table ronde ayant comme thème l’épistémologie de l’interculturel.

Résumé de la table ronde proposé par Laurie Savard

La table ronde a réuni sept conférenciers ainsi que plusieurs étudiants, acteurs communautaires, professeurs et chercheurs dans le but d’échanger sur:

1)    Les fondements théoriques et épistémologiques de l’interculturel

2)    Les modes de gestions de la diversité

3)    La notion d’interculturalité: bilan et perspectives

Le thème des fondements théoriques de l’interculturel était le premier sujet à discussion. Certains, comme Charles Blattberg, étaient d’avis qu’une théorie de l’interculturel n’est pas possible ni souhaitable; une théorie au sens grec du terme impliquant d’avoir une vision véridique et holiste sur une question. L’interculturel ne devrait pas impliquer une «vision de la vérité», mais bien une écoute de l’autre, plus contextuelle et moins unifiante, dans le but d’en apprendre sur l’autre. Son approche place le dialogue au centre d’une épistémologie de l’interculturel. Blattberg distingue deux types de dialogue: la conversation et la négociation. La négociation impliquerait une concession de valeurs vers un accommodement raisonnable, ce qui n’est pas assez. La conversation, elle, aurait comme but de transformer ses valeurs dans le contact avec l’autre pour arriver à une réconciliation.

Comme Blattberg, Gaby Hsab pense qu’une théorie n’est pas possible. Cependant, il pose la question différemment et se demande dans quelles théories ou épistémologies déjà existantes peut-on inscrire l’interculturel. Selon lui, cette quête est foncièrement interdisciplinaire et dialogique. Une épistémologie de l’interculturel serait centrée vers un processus de compréhension herméneutique, interprétatif, éthique et anthropologique. Dans le même sens, Hsab croit que les meilleures ressources théoriques pour encadrer l’interculturel sont la mondialisation et les théories de la réception. Rico fait valoir le grand apport des auteurs latino-américains dans la théorisation de l’interculturalité, dont la contribution de Catherine Walsh, qui souligne l’importance de la reconnaissance d’un mérite à la pensée autochtone.

Dany Rondeau précise qu’on peut penser à l’interculturel comme une compétence ou comme une façon de gérer la diversité, mais qu’elle se concentrera dans cette partie à l’interculturel comme concept qu’elle définie comme un «topos», ou un espace intermédiaire de compréhension mutuelle, qui surgit dans les sociétés pluralistes d’aujourd’hui. En ce sens, elle considère l’interculturel comme une catégorie épistémologique: une modalité de la connaissance qui articule notre rapport au monde ou à l’autre à partir d’une méthode. Cette méthode aurait comme condition première un perspectivisme, un doute épistémologique et une reconnaissance de la légitimité des autres perspectives culturelles. Ensuite, c’est au dialogue interculturel de faire son travail pour articuler ces conditions. Rondeau utilise la métaphore d’une maison avec plusieurs fenêtres, chacune illustrant une perspective différente sur l’extérieur. Le perspectivisme est alors de venir à voir la fenêtre même si sa transparence peut nous faire croire que notre horizon ne passe pas par elle.

Finalement, Bob White argumente qu’il est possible de théoriser l’interculturel, ou du moins il faut essayer de le théoriser ne serait-ce que pour des raisons pédagogiques. Il reprend les propos de ses collègues sur le fait que l’interculturel est fondamentalement interdisciplinaire. De plus, sur la question de la méthode qu’à souligné Rondeau, White fait ressortir que cette tendance de l’interculturel à être vu dans des termes de méthode confirme que celui-ci est toujours une question empirique, historique, contextuelle. Les outils théoriques qui pourraient le mieux encadrer la complexité de l’interculturel seraient la philosophie herméneutique, la théorie critique (Habermas) et la méthode ethnographique. White conclu en signalant que l’interculturel (ou une orientation épistémologique interculturelle) devrait être distingué de l’interculturalité (la réalité sociologique) et l’interculturalisme (la politique de gestion de la diversité) et qu’une théorie de l’interculturel devrait prendre en compte ces trois registres.

En réaction aux interventions des conférenciers, Christian Agbobli (animateur de la table ronde) a ouvert la période de discussion sur le premier thème en demandant s’il était possible de suspendre son jugement (epoche de Husserl) pour penser l’interculturel hors des barrières disciplinaires. Un membre de l’assistance a répondu à ceci que l’étude de la communication est probablement le grand absent et pourrait donner un nouvel angle à l’étude de l’interculturel. Carmen Rico supporte l’intervention de monsieur et propose que la communication pourrait combler la partie «écoute» dont parlait Blattberg et propose l’apport de la démarche de Levinas. Blattberg est plus ou moins d’accords avec cette reprise de Lévinas. Pour lui, l’interculturel est une démarche fragile qui naît toujours dans le conflit et la démarche de Levinas ne prend pas assez en compte cette fragilité ni la notion d’écoute. C’est aussi à cause de cette fragilité, qui demande d’être très flexible, que Blattberg n’aime pas le fait de théoriser l’interculturel; une théorie imposerait des modèles d’actions trop rigides pour une situation à ce point fragile.

Le deuxième thème discuté était celui des modes de gestion de la diversité. Bob White a d’abord soulevé que le mot «gestion» dérange et que toute politique de gestion de la diversité a un penchant assimilationnisme, monoculturel, qui est la marque de l’État-nation et qui est nécessaire à son existence. Parlant de l’interculturalisme du Québec, White affirme que de véritables relations interculturelles y resteront impossibles puisqu’un groupe y est a priori prioritaire à un autre. La critique n’est pas au Québec d’avoir monté une politique comme celle-là, mais bien de l’appeler interculturalisme puisque selon lui, elle n’est en rien interculturelle. Gina Stoiciu appuie White et rappelle que la gestion de la diversité est souvent pensée au niveau de l’État alors qu’elle devrait aussi être pensée au niveau des relations quotidiennes et au niveau des organisations. Conséquemment, nos politiques de gestion de la diversité ne sont pas des réalités empiriques; ils sont des discours, des visions. Ainsi, ces politiques de gestion obéissent à des philosophies nationales qui émergent dans un contexte précis.

Gaby Hsab s’identifie comme un de ceux qui ont de la difficulté avec la «gestion de la diversité». Pour lui, la diversité se vit, elle ne se «gère» pas. Comme Stoiciu, il fait ressortir que cette gestion n’est faite qu’en fonction des mythes fondateurs de l’État. Au Québec, ce mythe fondateur en est un d’exclusion et de domination (à cause du contexte historique entre francophones et anglophones) ce qui rend difficile les véritables relations interculturelles. Selon Hsab, ce contexte de mythes fondateurs met à l’avant-plan l’importance d’une analyse anthropologique de la gestion de la diversité. Il prend l’exemple des mythes fondateurs des États-Unis et du Canada qui sont très différents et qui ont accouché de manières distinctes de gérer le pluralisme.

Dany Rondeau aussi réplique être allergique au terme «gestion de la diversité» qui semble déranger tous les conférenciers. Cependant, elle propose qu’il est possible de faire de la diversité une expérience positive par l’enseignement de compétences. Elle donne l’exemple des cours d’éthique et de culture religieuse (ECR) qui ont comme but de développer ces compétences en semant le doute, en créant la curiosité chez les jeunes pour plus tard qu’ils soit capable de vivre, et même de penser les problèmes de société, avec l’autre. Enfin, pour Charles Blattberg, la «gestion de la diversité» actuelle dépend de la tolérance, de la négociation et de l’accommodement qui ne sont pas suffisants pour une véritable compréhension de l’autre. Pour lui, «gestion» implique quelque chose de trop technique et qu’il vaut mieux arriver dans un conflit interculturel en l’abordant maladroitement, donc en étant prêt à prendre des risques et à perdre la face. Pour Blattberg, ce risque est fondamental dans l’apprentissage, quel qu’il soit.

Enfin, Christian Agbobli commence cette deuxième période de questions en faisant ressortir que tous les conférenciers sont vraisemblablement mal à l’aise avec le terme de «gestion de la diversité». Cependant, il renchérit que de mettre de côté la gestion serait illusoire; l’État mettra toujours en place des politiques pour administrer la diversité. Il faut donc passer par-dessus ce malaise. Sur ce sujet, Bob White demande à ses collègues en communication si la gestion de la diversité devrait se faire par les mêmes principes peu importe le pallier; qu’il soit national ou interpersonnel. Gina Stoiciu répond que, selon elle, les politiques de gestions ne viennent pas que de l’État, mais aussi de la base, de la société. Elle rappelle que les politiques de gestions en France ou aux États-Unis sont venues d’urgence sociale. Mireille Tremblay, professeure au département de communication et membre du GERACII, répond à la question de White en affirmant que les priorités peuvent être les mêmes de palier en palier, mais que les stratégies d’applications ne seront pas les mêmes. Une autre participante, élève au GERACII, fait remarquer qu’il est d’ailleurs difficile d’établir ces priorités et ces valeurs dans une nation comme le Québec où la population se bat encore pour son indépendance politique.

Le troisième et dernier thème était de voir aux bilans et perspectives de l’interculturalité au Québec. Selon Carmen Rico, ce bilan tient dans certaines recommandations comme que la stratégie politique se rapproche plus de la compréhension des cultures et pas seulement à leur contact. Dany Rondeau, quant à elle, essaie de situer le mince bilan de l’interculturel en philosophie (sa discipline d’origine). Elle rappelle qu’il y a une préoccupation de penser une philosophie interculturelle depuis longtemps chez les philosophes hispanophones et que la philosophie pratique a plus de cadres pour penser l’interculturel. Mais cette philosophie, précise Rondeau, demande de sortir des cadres habituels de la raison, ce qui est difficile pour la philosophie. Selon elle, les avenues futures de l’interculturel sont dans l’interdisciplinaire où la philosophie penserait de pair avec les sciences sociales. Charles Blattberg, lui, recommande une vision d’intégration et non d’accommodement dans notre contexte pluraliste puisque l’intégration inclut une notion de dialogue. C’est, selon lui, l’approche la plus risquée, mais la meilleure. Bob White, quant à lui, pense qu’il est nécessaire pour le Québec de faire un bilan sur son passé pour travailler sur l’interculturel. Entre autres, il faut accepter que la politique de gestion du Québec et du Canada soit différente puisque les deux n’ont pas vécu l’histoire du pays de la même manière. Ceci va dans le même sens que quelques interventions faites dans le cadre de la table ronde. White remet sur la table le passé de colonie du Québec qui pourrait être un facteur dans le sentiment de danger face aux autres que le Québec vie présentement.